Une nouvelle idée, une nouvelle offre, un nouvel atelier, un nouveau sujet à explorer… sur le papier, ça peut ressembler à de la créativité, à de l’agilité, à une entrepreneure qui bouge, teste et innove.
Mais parfois, derrière cette envie constante de nouveauté, il y a autre chose.
Et surtout, un risque beaucoup moins visible : ne jamais laisser assez de temps à ce qui fonctionne déjà pour réellement prendre de l’ampleur.
C’est exactement le déclic qu’a eu Florie-Anne Mondon, ingénieure en sciences cognitives et coach.
Dans cet épisode de ma série spéciale Le vrai déclic, elle raconte comment son parcours autour du TDAH lui a permis de relire complètement sa manière d’entreprendre.
Et de comprendre qu’elle avait, pendant longtemps, demandé à son business de nourrir presque toute sa curiosité, sa créativité et son besoin de stimulation.
Quand la nouveauté devient une stratégie par défaut
Au début, tout fonctionne plutôt bien, Florie-Anne aime apprendre, se former, découvrir, créer, tester de nouveaux angles, lancer une nouvelle offre….
Et le piège est justement là : ses idées se vendent, elle ne crée pas des choses que personne ne veut, elle lance de nouveaux ateliers, de nouveaux produits, de nouveaux accompagnements… et il y a des clientes en face.
Donc, pendant longtemps, rien ne vient vraiment lui signaler que cette façon de fonctionner peut devenir un problème.
Pourtant, elle finit par comprendre que ses offres n’ont pas toujours le temps d’atteindre leur plein potentiel.
Une offre est rarement parfaite au premier lancement car elle s’améliore avec la répétition, et avec le temps, elle devient plus claire, plus précise, plus simple à vendre, lus facile à délivrer.
Mais si, au bout de deux ou trois éditions, l’envie disparaît et qu’une nouvelle idée devient plus stimulante, ce travail d’optimisation n’a jamais vraiment lieu.
Et c’est là que la créativité peut doucement se transformer en dispersion.
Le problème n’était pas que ses idées étaient mauvaises
C’est ce qui rend son histoire particulièrement intéressante.
Florie-Anne ne dit pas : « Je lançais plein de choses et rien ne marchait. »… Au contraire, certaines offres se vendaient, les clientes étaient là, la demande existait.
Mais elle pouvait quand même perdre l’envie de continuer à proposer une offre simplement parce qu’elle ne lui apportait plus suffisamment de nouveauté.
Elle raconte même qu’elle préférait parfois laisser de l’argent sur la table plutôt que continuer une offre qu’elle ne trouvait plus assez stimulante, alors même que son audience l’attendait encore.
Et ça, c’est une distinction importante parce qu’on peut abandonner quelque chose qui fonctionne non pas parce que la stratégie est mauvaise… mais simplement parce qu’elle est devenue moins excitante pour nous.
Le plaisir de créer… mais moins celui de répéter
Dans son cas, la partie la plus stimulante était souvent le début.
- Réfléchir à une nouvelle offre.
- Interroger son audience.
- Trouver un angle.
- Construire un concept.
- Créer les premiers supports.
- Imaginer l’expérience.
En revanche, le travail plus répétitif derrière demandait beaucoup plus d’énergie.
- Formaliser l’expérience cliente.
- Optimiser les systèmes.
- Structurer les process.
- Faire évoluer les supports.
- Réutiliser une offre plusieurs fois.
Elle explique avoir eu beaucoup de systèmes construits à 80 %, des offres qu’elle présentait encore comme des versions bêta et qu’elle n’avait jamais vraiment eu le temps de stabiliser avant de passer à autre chose.
Et forcément, cela a aussi un impact sur les prix.
Quand on considère soi-même qu’une offre est encore « en construction », on a plus facilement tendance à la vendre moins cher en se disant qu’on augmentera plus tard.
Sauf que ce « plus tard » n’arrive jamais si une nouvelle offre prend déjà toute la place.
Le déclic arrive presque par hasard
Le point de bascule ne vient pas directement d’une réflexion business. Florie-Anne raconte avoir reçu un numéro spécial d’une revue consacrée au TDAH.
Elle fait un questionnaire d’auto-évaluation et le résultat l’interpelle suffisamment pour qu’elle entame ensuite un vrai parcours de diagnostic avec un neuropsychologue puis des psychiatres.
Ce parcours lui permet de relire beaucoup de choses de son quotidien et notamment sa manière de travailler.
Elle comprend qu’elle avait mis en place énormément de stratégies d’adaptation sans forcément les identifier comme telles et elle réalise aussi à quel point son activité entrepreneuriale lui avait retiré certains cadres extérieurs qu’elle avait auparavant dans le salariat.
Quand tu es entrepreneure, personne ne vient te dire : voilà la priorité, voilà la deadline, voilà la tâche à terminer avant de passer à autre chose…. tu peux presque tout décider toi-même.
Et cette liberté, qui est géniale à bien des égards, peut aussi amplifier certains fonctionnements.
Dans son cas, notamment les hyperfocus, la difficulté à passer à l’action sans stimulation suffisante et ce besoin de nouveauté qui rend certaines tâches beaucoup plus attractives que d’autres.
Deux moteurs pour passer à l’action : la nouveauté… ou l’urgence
Florie-Anne finit par identifier quelque chose de très concret. Pendant longtemps, elle avait essentiellement deux façons de se mettre en mouvement.
La première : la nouveauté avec un nouveau sujet ou une nouvelle idée. En gros, quelque chose qui l’enthousiasme.
La deuxième : l’urgence, lorsqu’elle devait absolument faire rentrer du chiffre d’affaires ou tenir une date très proche, elle lançait quelque chose rapidement.
Une deadline courte créait alors le cadre nécessaire.
Elle explique que cette urgence lui permettait de s’engager, notamment vis-à-vis de clientes déjà inscrites, et déclenchait beaucoup plus facilement le passage à l’action.
Ce qui fonctionne… jusqu’au moment où tu réalises que tu n’as pas envie de construire toute ton entreprise uniquement sur l’excitation ou l’urgence.
Son business avait pris beaucoup trop de place
Autre prise de conscience importante : son activité était devenue l’un de ses principaux endroits de stimulation.
Avant, lorsque le travail était moins nourrissant, elle allait chercher de la curiosité ailleurs : dans des hobbies, dans sa vie sociale, dans d’autres centres d’intérêt.
Avec l’entrepreneuriat, et surtout avec un métier qu’elle aime profondément, il devient beaucoup plus facile de vouloir faire rentrer toutes ses envies dans le business.
- Un sujet passionnant ? Pourquoi ne pas en faire une offre ?
- Une nouvelle compétence ? Pourquoi ne pas l’intégrer à son activité ?
- Une nouvelle idée ? Pourquoi ne pas la monétiser ?
Et petit à petit, l’entreprise devient le lieu censé satisfaire presque tous les besoins de créativité, d’apprentissage, de nouveauté et de stimulation, sauf qu’un business n’a pas besoin d’être passionnant à chaque minute pour être un bon business.
Parfois, il faut aussi répéter, optimiser, resservir une offre, refaire ce qui fonctionne, et laisser le temps jouer son rôle.
La répétition n’est pas forcément le problème
Le diagnostic lui permet alors de changer de perspective.
Avant, lorsque quelque chose l’ennuyait, la conclusion pouvait être assez simple : « Je n’ai plus envie de faire ça. Je vais faire autre chose. »
Après, elle commence à réfléchir différemment. Le fait qu’une tâche soit ennuyeuse ne signifie pas nécessairement qu’elle doit disparaître.
Elle peut aussi regarder comment rendre le contexte plus stimulant.
- Travailler en musique.
- Faire des pauses.
- Marcher.
- Jouer avec son environnement.
En gros, mettre davantage de fun autour de la tâche au lieu d’attendre que la tâche elle-même soit toujours nouvelle, et ça change beaucoup de choses, parce que la nouveauté n’a plus besoin de venir uniquement d’une nouvelle offre ou d’un nouveau projet.
Aller chercher la nouveauté ailleurs
Florie-Anne explique qu’elle a commencé à davantage « gamifier » son entreprise. Elle cherche maintenant plus consciemment la curiosité, le jeu et la créativité ailleurs que dans la création permanente d’une nouvelle offre.
En parallèle, elle a aussi simplifié son activité, notamment parce qu’un trop grand nombre d’offres demande énormément de charge mentale.
- Il faut se rappeler de chaque process.
- De chaque cliente.
- De chaque étape.
- De chaque système.
- De chaque message.
Et lorsque toute cette information repose essentiellement sur sa mémoire, ça devient vite trop lourd. C’est donc un double mouvement : plus de stimulation dans la manière de travailler, et moins de complexité dans ce qu’elle doit gérer.
Aujourd’hui : une offre unique
C’est probablement l’un des signes les plus visibles de son changement. Florie-Anne explique qu’elle fonctionne aujourd’hui avec une seule offre principale.
Quelque chose qui aurait été beaucoup plus difficile pour elle auparavant.
Mais pour que cela fonctionne, elle n’a pas simplement décidé de devenir soudainement « disciplinée »… elle a identifié ce qui devait rester stable dans son business, ses fondations, ses éléments stratégiques essentiels, les actions minimales qui doivent toujours être présentes.
Et, à côté de ça, elle s’autorise beaucoup plus de liberté sur les endroits où les variations ont moins d’impact.
Par exemple, sa communication.
- Elle peut tester.
- Créer.
- Changer de format.
- Jouer davantage.
Tant que certaines actions fondamentales restent en place.
Et c’est là que son déclic devient intéressant bien au-delà du TDAH.
Est-ce vraiment ton business qui doit changer ?
C’est probablement la question principale que je retiens de cet épisode, parce qu’on peut très bien ne pas avoir de TDAH et reconnaître quand même ce fonctionnement.
- Avoir plein d’idées.
- Commencer beaucoup de choses.
- Changer régulièrement son offre.
- Revoir son positionnement.
- Refaire son site.
- Modifier sa stratégie.
- Changer son contenu.
Parce que quelque chose de nouveau donne toujours cette petite sensation de mouvement.
Mais il y a une différence entre : « faire évoluer son business parce que c’est nécessaire » et « le faire bouger parce qu’on a besoin de nouveauté ».
Parfois, la meilleure décision stratégique n’est pas de créer quelque chose, c’est de laisser ce qui existe déjà faire son travail.
La constance ne veut pas dire faire toujours la même chose
Ce que j’aime dans l’approche de Florie-Anne, c’est qu’elle n’a pas cherché à supprimer sa curiosité, ni sa créativité, ni son besoin d’explorer.
Elle a simplement arrêté de leur donner le droit de modifier en permanence les fondations de son entreprise.
Elle garde de la liberté là où elle peut se le permettre et elle expérimente notamment beaucoup dans sa communication, parce qu’il existe des dizaines de manières différentes de transmettre une même idée.
Mais une offre n’a plus besoin d’être remplacée simplement parce qu’elle n’est plus nouvelle, et c’est peut-être ça, au fond, la vraie maturité entrepreneuriale : savoir distinguer ce qui doit évoluer de ce qui a simplement besoin de temps.
Écouter l’épisode
Dans cet épisode de ma série spéciale Le vrai déclic, Florie-Anne raconte beaucoup plus précisément son rapport à la nouveauté, son parcours autour du TDAH et tout ce qu’elle a modifié dans sa manière de structurer son activité.
On parle de créativité, d’hyperfocus, de dopamine, d’organisation, de répétition, d’offre unique, de communication et surtout de cette question : est-ce que ton business a réellement besoin de changer… ou est-ce que tu as simplement besoin de nouveauté ?
🎧 Écouter : Et si ton business n’avait pas à nourrir toute ta curiosité ?
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