Dans la Favela Santa Marta à Rio de Janeiro

Quand vous êtes à Rio de Janeiro, on vous dit qu’il ne faut pas aller dans les favelas, que c’est impossible, que c’est trop dangereux. J’y suis allée trois fois en trois jours tellement j’ai adoré ! Parler avec les gens, découvrir l’autre Rio, celui dont personne ne parle. Non ce n’est pas difficile de pénétrer dans une favela, il suffit seulement de choisir la bonne !

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Avant de vous raconter, je voudrais vous expliquer ce qu’est une favela. Pas celle que l’on connait à travers les médias, peu flatteur, mais plutôt celle qu’elle est à l’origine.

Au commencement, une favela est une sorte de bidonville sur les flans des montagnes, dans lequel les plus démunis, ont créé une habitation de fortune et vivent en communauté. Chaque habitant construisait sa propre maison avec ce qu’il pouvait trouver ou récupérer. C’est ensuite dans ces banlieues « précaires » que les autorités ont rejetées tous les exclus de la ville. Cette population s’est vite développée, survivant grâce au piratage de l’électricité, de l’eau, du système d’évacuation d’eau, etc… Le gouvernement ne sait pas encore aujourd’hui combien de personnes y vivent et il est alors impossible de comptabiliser le nombre total réel d’habitants à Rio par exemple. Dans les années 60, la drogue est devenue le commerce principal des jeunes des favelas et la criminalité, bien souvent associée à cette guerre de territoire a alors transformé les favelas en un lieu dangereux jusque dans les années 80. La police, corrompue, n’a jamais essayé d’arrêter les vendeurs de drogue, devenus de véritable assassins au sein des favelas. De plus, la règle d’or au sein de la communauté est de ne jamais rien dire sur ce qui se passe.

Le changement n’est alors possible que si cela vient de l’intérieur, si les communautés qui vivent dans les favelas décident elles-mêmes de mettre fin à la violence.

La favela de Santa Marta est l’une des premières, fin 2008, à devenir pacifiste. Aujourd’hui, il est possible d’y circuler librement, même pour des personnes extérieures. Des guides organisent des tours pour vous expliquer l’histoire de la favela et vous montrer les endroits clés mais vous pouvez tout aussi bien y aller seul.

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Après m’y être rendue avec mon ami qui vit à Rio les mains dans les poches et avoir constaté le sourire et l’accueil de la communauté, j’ai décidé d’y retourner le lendemain pour y faire des photos et des vidéos tout en restant respectueux des gens et de leurs habitations car celles-ci sont bien souvent ouvertes et visibles depuis l’extérieur.

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C’est là que j’ai rencontré Lucas, 12 ans, dans le téléphérique de la favela, qui m’a montré tout ce qu’il y avait à voir, comme un vrai petit guide, sans même me demander quoi que soit.

Alors cette favela, on en parle ?

Santa Marta existe depuis 70 ans et est pacifique donc depuis fin 2008.

La favela est située sur le flan des collines de Botafogo et on doit prendre le téléphérique pour monter au plus haut. Celui-ci, encore communautaire, est gratuit.

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Les habitants s’investissent chaque jour pour que petits et grands se cultivent et s’ouvrent sur l’extérieur. On trouve donc un centre culturel avec des ordinateurs, une bibliothèque et la radio. Les jeunes peuvent aussi s’entrainer à la boxe et à la capoeira. Une troupe de percussion regroupe une dizaine de jeunes de 7 à 14 ans qui jouent chaque jour. Il y a même une salle des fêtes où s’organisent de grandes soirées. Les Cariocas (habitants de Rio) sont accueillis avec plaisir.

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Il y a une église, un coiffeur, une petite supérette et bien évidemment un terrain de foot, on est au brésil, n’est-ce pas ?

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Sur l’une des petites places au sommet, trône une statue de Michael Jackson qui a tourné une partie de son clip « They Don’t Care About Us » en 1996. Un an après sa mort, les habitants ont voulu lui rendre hommage et ont imaginé une belle mosaïque ainsi qu’une statue de bronze. L’objectif étant également d’attirer un peu plus les touristes et prouver qu’une favela peut être tranquille et vivre en paix.

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Ce qui m’a marqué, c’est la vue imprenable que l’on a sur Rio et ses immeubles blancs, un peu comme un roi qui régnerait sur son royaume depuis son château. Et pourtant, cette autre partie de la ville, si proche, paraît vraiment loin, un autre monde !

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Se balader dans une favela, c’est comme naviguer à l’aveugle dans un labyrinthe. Il n’y a aucune rue droite, des escaliers partout et des endroits tellement étroits, que l’on se demande comment on peut y passer. Des planches en bois maintiennent le tout on ne sait pas trop comment et certaines maisons sont même complétement effondrées. Les habitants déblayent les débris et les tris pour pouvoir s’en resservir et reconstruire.

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Heureusement que les gamins sont là pour vous dire où aller ! Il y a des déchets un peu partout malgré l’espace dédié aux ordures et des fils électriques partout. Une vraie jungle organisée !

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On voit le Corcovado au loin perché plus haut. Les devantures des maisons sont peintes de couleurs vives, bleue, jaune, orange, c’est très gai.

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Il y a bien entendu les typiques guirlandes brésiliennes qui flottent au vent. Des paraboles TV décorent les toits en tôle et le linge sèche sur des fils tendus entre chaque habitation.

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Comment aller à la favela Santa Marta ?

Soit à pied, soit en bus. Sur le plan de la ville elle est indiquée par la colline du nom de Moro Dona Marta (l’autre nom de la favela). On y accède via la place Corumba sur la rue Sao Clemente.

Guide ou non ?

C’est comme vous le sentez, à chacun libre de se sentir à l’aise dans un environnement qui n’est pas le votre. En prenant un guide, vous participer à l’effort culturel de la ville, ce qui est tout aussi bien. Sans guide, il vous faudra vous perdre, et parler un peu avec les habitants… en portugais, portugnol ou avec les mains !

Il y a un stand jaune d’information touristique où sont installés les guides du lundi au vendredi de 8h à 20h, souvent en train d’échanger des cartes Panini avec les gosses de la communauté. Compter 50 reals par personne, moins si vous venez en groupe, plus si il vous faut un traducteur, généralement déjà sur place dans la favela.

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Allez-y vous ne serez pas déçu !

4 Réponses à “Dans la Favela Santa Marta à Rio de Janeiro

  • Je découvre ton blog avec cet article que j’ai trouvé très intéressant, on entend souvent parler des visites de ces favelas maintenant mais je trouve que tu le présente de manière fraiche et sympa

  • Merci Amélie, c’est gentil. En effet, il faut faire attention, car il existe des tours plus touristiques qui vous emmène dans des favelas plus risquées et vous présente malheureusement les habitants comme des personnes à la limite du sauvage. On se croirai au zoo !! C’est triste et c’est aussi pour cela que je voulais montrer que les favelas de Rio, c’est aussi cela, de la fraicheur et des gens supers !

  • Bonjour! merci pour ce bel article. Sais-tu s’il est possible de dormir de cette favela? hotel ou auberge jeunesse?
    Merci!

    • Bonjour Maria, Tu me poses une colle. Je pense que tu pourras avoir l’info au centre d’information en bas de la favela Santa Marta. Tu nous diras si tu trouves ? A bientôt

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